embrunman 2013

 

Arrivée sur place le samedi, nous étions dans des conditions optimales à Baratier avec vue imprenable sur le plan d'eau. 
Quatre jours d'hygiène de vie avec Anton et Rémy du Triathl'aix, ce n'était pas du luxe!
Réveil à 4h le 15 août, parc à vélo à 5h10, on est à l'aise niveau timing et bien dans nos combinaisons, il fait 10 degrés!
On se place sur la ligne, pas trop loin, je repense à l'année qui vient de passer, à tout les efforts réalisés, à toutes les journées organisées pour pouvoir vivre ce matin du 15 août...
Les spectateurs crient, applaudissent, les larmes n'étaient pas loin...
On se tape sur l'épaule avec Anton puis le coup de feu part, 1500 personnes s'élancent vers la première bouée, une véritable marée humaine!
Je rentre dans ma bulle, il fait nuit c'est plus simple, je me suis mentalement préparé à faire abstraction de toutes les gifles que je vais recevoir, je nage tranquillement en 3 temps en évitant tout geste parasite. Je me sens bien, je profite, à 2 km je ressens un véritable bien être, les gars devant ont généré un courant tel que j'ai l'impression de descendre une rivière! Je sors tranquillement en 1h17 dans les 800ème sans perdre une plume, prêt à faire un gros vélo! 
Rémy est 2 min devant, Anton arrive pendant que je mets mon maillot, un peu vert de s'être fait déchirer sa combi. Un homme aux ongles longs, une supportrice en transe??? On ne saura pas il faisait nuit!

Traînant une tendinite à la hanche, je n'ai pas la certitude de pouvoir courir bien longtemps même si un médecin m'a donné quelques espoirs en me faisant une infiltration "au toucher" dans son cabinet 2 jours avant.
Du coup j'espère me créer l'avance suffisante en vélo pour pouvoir faire le marathon en marchant si les articulations me lâchent et ainsi assurer l'objectif: finir dans les délais!

J'attaque la première ascension dans Embrun, une foule immense borde la route, c'est l'euphorie, je sors mon téléphone et filme le public, des souvenirs pour les longues soirées d'hiver au coin du feu!

La route des Puy est magnifique, vu sur lac et montagnes, je monte cool, les formats "grimpeurs" me doublent par dizaines mais mon format "descendeur" me permet d'en récupérer des quantités sur les portions roulantes.
Ça tombe bien, la descente est technique, j'attaque parce que j'adore ça, ça permet de ne pas durcir les jambes et ça fait gagner du temps. C'est un bonheur la montagne!
Sur la grande route entre Savine et Embrun c'est prolongateurs et je remonte une file continue de cyclistes jusqu'à Embrun où il n'y a plus que la largeur d'un vélo au milieu des spectateurs pour passer! J'ai cru qu'on arrivait à l'Alpe d'Huez j'ai eu les frissons!!!

J'arrive au niveau de notre location où ma copine m'attend au bord de la route. Je suis en avance, j'ai peur qu'elle me loupe mais elle est déjà là. Je m'arrête pour satisfaire un besoin naturel, prolongeant ainsi la durée de mon passage!
Je lui dit que je suis super bien puis  enchaîne sur les balcons de la Durance, les gorges du Guil, dans les prolongateurs tant que possible pour exploiter ce terrain qui m'est favorable.
Rémy me rattrape au pied de l'Izoard en criant, on est euphorique, heureux de se retrouver, on se filme, on a 40 min d'avance sur nos prévisions! On avait tabler sur un temps de 8h30 au total, 11h10 à ce niveau et 12h10 au sommet.

Je décide de franchir l'Izoard à un rythme suffisamment  lent pour que mes jambes ne le voient pas passer et de faire le retour à bloc quand tout le monde est cramé. Option payante, j'ai gagné 469 places sur la partie vélo!

Du coup j'ai pris 1h15 pour faire les 14 km d'ascension et quelques vidéos et photos.
Rémy est monté plus vite que moi, comme d'hab!

Nicolas L.  m'a accompagné 200 m sur le sommet du col ça fait toujours plaisir de voir les copains du club!

Grosse alimentation au sommet, je m'enfile un gâteau de riz de 450g! Ça c'est le point positif de mon penchant pour la bringue, j'ai un estomac en carbone et un foie en titane!
Remplissage de gourde puis descente à bloc. Je connais la route, une pointe à 86 km/h, pas d'erreur d'appréciation sur la vitesse en entrée de virage, pas de frayeur, la régalade!
J'augmente le rythme et exploite à fond les parties roulantes, remontant les concurrents par dizaines.

Le Pallon passe nickel grâce aux encouragements de mes parents et Nico M. qui court à côté de moi. Je suis au moins à 8 km/h, un avion!

Je ressens un petit coup de fatigue dans la bosse de Réotier, je me relève un peu et un concurrent Allemand m'aborde en Anglais. Déjà je suis pas fort mais là vu le peu de glucose attribué à mon cerveau en ce moment, c'est compliqué! En gros il me dit que c'est dur, qu'il court le marathon sec en 3h20 et qu'aujourd'hui il signe pour 5h. Je lui répond royal au bar: "Me too". Mort de rire! Je m'alimente, sandwich au jambon, un gel puis je me remets dans la course et garde un bon rythme jusqu'au Chalvet.

La "bête" en fin de parcours fait mal aux pattes mais par un mauvais calcul je pense que je peux boucler la partie vélo en tout juste moins de 8h donc je fait monter le cœur un peu plus haut, dans les 83%. Jusqu'à présent c'était moins de 80% ferme et 75% le plus souvent possible. J'aperçois les cousins d'Anton au sommet.
Je fait la descente un peu rapide aussi, c'est presque du VTT mais on l'avait reconnu la veille.
Arrivé dans Embrun, dans la dernière épingle avant la ligne, j'aperçois Rémy et me porte à sa hauteur. On hallucine, après 9h de course à des rythmes différents on arrive ensemble, comme sur la Marmotte à 2 km du sommet de l'Alpe d'Huez! Ça fait chaud au cœur de se retrouver!
Je boucle donc le vélo en 7h31 à 25 km/h de moyenne ce qui me donne de quoi réfléchir sur le rythme que j'adopte dans les cyclosportives. Je me fais plus mal mais je ne vais au final pas plus vite car fatigué sur les fins de parcours.

Transition cool, 2 filles me proposent de me masser, je répond "je vais réfléchir" puis finalement je cède à la proposition suivante! Merci l'organisation je suis comme un pacha, je bois, je mange et j'ai une masseuse sur chaque jambe. J'essaye une première fois de clôturer cet instant délicieux mais mon cerveau lâche!
Deux minutes plus tard, je parviens à me faire violence et les remercie!

Allez c'est parti pour le sport que j'aime le moins, heureusement il n'y a que 42 km! Je préfère ne pas y penser! Nico est là, Rémy aussi on se motive mutuellement. Ils nous restent 7h30 pour faire le marathon je dis à Rémy c'est gagné! Ce soir nous serons Embrunman c'est qu'une question de patience! Nico acquiesce et les 15 premiers km passent comme une lettre à la poste.
L'image est magnifique, Nico qui improvise un semi est en bermuda plein de poches, torse nu le ventre au vent, Rémy à droite et moi à gauche. Les spectateurs connaisseurs s'écrient:"Oh vé, c'est le coach!" en rigolant!
En entrant dans la rue commerçante, j'entends crier "Allez Monsieur Aubert!", une élève et sa maman ça fait chaud au cœur!
La difficulté commence à poindre, on arrive sur le plan d'eau et là tout les encouragements sont importants car c'est maintenant la tête qui va courir.
Ma famille est là, je vois le visage de ma fille de 2 ans qui s'illumine quand elle me reconnaît sur la digue, je m'arrête un instant pour l'embrasser puis repart.
Les genoux, la hanche, les muscles, tout commence à devenir douloureux.
Je passe le semi en 2h17. Satisfait mais je prend le fameux "mur" dont tout le monde parle. Je fait l'inventaire, à priori il me manque rien mais pourtant je suis vidé et j'ai une sensation bizarre dans la tête. Bon je sais que ça peut passer c'est ce qu'on m'a dit donc je m'alimente toujours bien et je marche en attendant que l'orage passe.
Rémy et Nico filent.
Mon père m'accompagne, on discute, on enfin il fait des calculs d'allure, ce soutien est un moment clef du marathon car en marchant à 7 km/h on avance quand même et cette diversion permet à mon cerveau de se relâcher un peu.
Les bénévoles sont au top, les spectateurs aussi, la force n'étant plus chez moi, j'essaye d'en prendre un peu chez eux!
Ce passage plus "tranquille" permet à mon tube digestif de se remettre à jour car à un moment l'estomac était plein mais j'avais soif quand même. La demande était plus forte que l'assimilation.
J'alterne ensuite marche et course, les douleurs s'amplifient mais j'entre dans une autre phase où mon cerveau accepte de nouveau la douleur. Je repars dans la course, il reste 1h40 pour finir en moins de 14h.
Un temps pareil est inespéré et il est à portée. Mon père me dit il faut que tu fasses du 9 km/h. Je serre les dents et je regarde ma montre constamment pour me situer au dessus de 9 km/h pour compenser les ravitaillements.
Mon corps n'est que souffrance mais j'ai un nouvel objectif maintenant et j'ai décidé de plus rien lâcher. Mon père m'encourage et me donne confiance. À 5 km du but il me faut faire du 8,5 km/h.
Il me faut une petite marge pour finir avec ma fille, je ne pense plus qu'à ça je reviens de Baratier vers la Durance à 12 km/h dans des souffrances terribles. Je me persuade, je me dis il y a bien pire comme souffrance et au mental je m'arrache.
Le tour du plan d'eau est plus facile car on est porté par la foule et l'arrivée est si proche que le moral remonte obligatoirement!
Avant dernière ligne droite c'est la folie, je cherche ma fille, tout mes accompagnateurs sont là, je la prends dans les bras, regarde l'arrivée au bout de la ligne droite, 13h57 c'est gagné!
Je marche, un concurrent arrive derrière moi et me dis "tu étais devant moi, tu portes ta fille, tu mérites je reste derrière toi". Super attitude du coup je trottine pour ne pas le freiner.
Ma fille me dit:"Papa court vite"! C'est pas tout à fait exact!
J'entends le speaker qui annonce: "Benoît Aubert pour le Salon triathlon".

Je passe la ligne en 13h58min39s, 476ème, j'ai atteint mon rêve! C'est énorme!

Je souhaite à tous les sportifs de vivre des moments comme ça!

Super prise en charge à l'arrivée, une séance d'ostéopathie, une séance de kinésithérapie, des frites, de la Jupiler...
L'aire d'arrivée est remplie de gens au bord de l'épuisement voire même en état de malaise, ou dans le meilleur des cas qui n'arrivent plus à marcher ou presque, comme moi! Mais quel bien être! 
On termine cet Embrunman 2013 devant le feu d'artifice en partageant une assiette de frite avec ma copine et ma fille, le bonheur!
Ben

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